Ufologie

L’insaisissable ovni

Du nouveau au sujet des ovnis ? Sans aucun doute. La France vient de mettre en ligne des centaines de rapports de « phénomènes aérospatiaux non identifiés », mais bien observés et dûment analysés ces 30 dernières années. De plus, le nombre de signalements d’ovnis augmente au Canada depuis une dizaine d’années. Pourtant, les médias en parlent peu. Pourquoi ce silence ?

Ovni ou pani ?

Notons d’abord une évolution, du moins en France, du concept d’objet volant non identifié (ovni). Les autorités françaises préfèrent maintenant le terme « phénomène aérospatial non identifié », d’où l’acronyme « pan » ou « pani ». Car, dans la plupart des cas, on ne rapporte aucun objet matériel. Le phénomène observé demeure strictement visuel, bien qu’il semble laisser parfois des traces matérielles non expliquées.

Enquêtes françaises en ligne

Fondé en France en 1977, le groupe d'études et d'informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés (GEIPAN) enquête sur tous les signalements de ces phénomènes rapportés aux autorités policières. Ces dernières dressent un procès-verbal de l’événement et l’envoient au Centre national d’études spatiales (CNES) de Toulouse, où il est classé et analysé par le GEIPAN. En avril 2007, ce groupe a mis en ligne 404 des 1650 cas répertoriés. Chaque cas d’observation est décrit dans un format standard et inclut les procès-verbaux originaux et même parfois les photos de la gendarmerie. Voilà une précieuse source d’information pour ceux qui étudient ces phénomènes !

Voici comment ces 404 cas, actuellement en ligne, sont répartis ci-contre :

Les observations inexpliquées représentent donc 27 % de tous les signalements. Dans d’autres pays où des enquêtes semblables sur les ovnis sont réalisées, seulement 5 % des cas d’observations résistent aux enquêtes rigoureuses. Il pourrait y avoir plusieurs raisons à ce haut taux d’observations inexpliquées. D’abord, les 404 cas mis en ligne ne représentent peut-être pas un échantillon au hasard. Ensuite, il pourrait y avoir un biais dans la sélection de cas par le système de saisie des signalements ; la France ne rapporte que 55 cas par an, comparativement à 375 cas en moyenne pour le Canada. Les extraterrestres semblent donc avoir une préférence marquée pour des visites au Canada, mais ils le feraient avec moins d’éclat ou moins de mystère.

Signalements en hausse au Canada

Au Canada, le groupe « Ufology Research of Manitoba » (UFOROM) convie tous les chercheurs actifs à rapporter les détails des signalements d’ovnis. Plusieurs chercheurs ont répondu à l’appel depuis 1989, mais surtout récemment. Depuis 1998, le nombre de signalements a plus que triplé, passant de 194 en 1998 à 738 en 2006, avec un record de 882 signalements en 2004. Une hausse que les auteurs du rapport n’expliquent pas. S’agirait-il d’un meilleur système de saisie plutôt qu’une véritable hausse ?

La répartition des signalements se fait de façon inégale à travers le pays : la Colombie-Britannique recèle le tiers des 6800 cas rapportés depuis 1989 et le Québec seulement 10 %. En 2006, la ville de Maidstone en Saskatchewan (995 habitants en 2001) a signalé le plus grand nombre de cas, soit 51. C’est 30 % de plus que la région de Toronto (environ 5 millions d’habitants). Les extraterrestres semblent ainsi avoir des lieux de dévoilement favoris, selon les années, à l’intérieur du Canada.

Les caractéristiques des signalements du groupe UFOROM permettent de relever certaines particularités intéressantes. Les signalements sont deux fois plus nombreux en juillet et en août. La période de la journée privilégiée pour les observations d’ovnis se situe clairement entre 22 h et minuit, durant laquelle une moyenne de deux témoins observent 40 % de tous les cas de la journée. Le signalement typique est multicolore, blanc ou orangé et dure environ 30 minutes. Ces moyennes semblent en dire plus long sur les attributs humains des observateurs que sur les phénomènes observés eux-mêmes.

Peu de cas de « haute qualité »

Au cours des 18 dernières années, 14 % des observations n’ont pu être expliquées. Les auteurs du rapport de 2006 du groupe UFOROM s’empressent d’ajouter que les « inconnus » de haute qualité ne constitueraient qu’environ 1 % des cas, soit 7 cas sur les 87 cas non expliqués en 2006. Ce pourcentage leur semble bas, le taux américain des inconnus de cette qualité (d’après l’étude américaine Blue Book) étant de 3 % à 4 %. L’évaluation de ces pourcentages semble donc reposer sur certains critères hautement subjectifs.

Ces mêmes auteurs canadiens proposent une autre classification intéressante. Durant les 18 années de saisie, ils classent environ les deux tiers des cas sous la rubrique des fugitives « lumières nocturnes ». La plupart des autres cas sont groupés sous la catégorie « disques nocturnes ou diurnes », vus de loin. Toutefois, ils rapportent 137 cas de disques repérés à moins de 200 mètres. Des traces physiques auraient été laissées dans 58 cas. Des témoins chanceux auraient vu de réelles « entités » dans 32 cas. De malheureuses victimes ont fait l’objet de 38 enlèvements (et de retours présumés).

Le cas le mieux documenté au Québec

Dans un long article paru dans le Québec sceptique numéro 39, les Sceptiques Pascal Forget et Jean-René Dufort analysent le célèbre cas d’un ovni signalé à Sainte-Marie-de-Monnoir. Soixante personnes y auraient vu d’étranges phénomènes lumineux, le 20 novembre 1989. Un témoin aurait remarqué des baisses de tension du courant électrique. Un autre aurait signalé « une sphère bleuâtre étrange qui semblait toucher le sol ». Un rapport de la GRC indique qu’un témoin n’a pu clairement voir l’objet à cause d’une légère brume et de la neige qui tombait. Deux jours plus tard, on découvre, à proximité dans un champ, un cercle de 20 mètres d’herbe plus verte qu’aux alentours !

L’hypothèse d’une visite présumée extraterrestre repose surtout sur les analyses chimiques du cercle d’herbe verte : il y a onze fois plus de chlorophylle à l’intérieur du cercle qu’à l’extérieur (herbe jaune). Ces taux de chlorophylle sont par ailleurs normaux pour des plantes de ce type. Puisque la chlorophylle donne à l’herbe sa couleur verte, ces analyses démontrent « que l’herbe verte est verte et que l’herbe jaune n’est pas verte ». Les résultats des analyses d’azote du sol à l’intérieur et à l’extérieur du cercle sont considérés comme statistiquement identiques. Ces analyses ne révèlent rien de paranormal – reste à savoir pourquoi il y avait un cercle d’herbe verte…

Certains ufologues privilégient la thèse d’une visite extraterrestre ; n’y a-t-il pas eu visions de phénomènes inexplicables dans le ciel deux jours avant la découverte du cercle vert ? Les sceptiques, au contraire, déplorent le manque de preuves concrètes d’une telle visite : l’observation de phénomènes lumineux étranges constitue une méprise commune et le cercle vert peut avoir été créé par de nombreuses autres causes physiques qui n’ont pas été sérieusement prises en considération. Mentionnons un engrais naturel (feuilles mortes, gazon coupé, fumier…) réparti en cercle par une accumulation d’eau dans une légère dépression du sol, une résurgence artésienne facilitant la pousse, un canular peut-être. Rappelons qu’aucun rapport direct entre les deux événements n’a été établi : luminosités dans le ciel et herbe verte dans le champ.

Explications naturelles

La très grande majorité (95 à 99 %) des phénomènes observés s’éclaircissent finalement dans une explication physique raisonnable — qu’il s’agisse de flash lumineux, de disque brillant ou de lumière au-dessus des arbres. Leur résolution, avérée ou présumée, provient souvent d’éléments bien connus : planètes, météorites, satellites, débris spatiaux, fusées, missiles, avions, ballons météo, oiseaux, foudre, aurores boréales, coupures sur la ligne à haute tension, projecteur de discothèque…

Quant aux expériences vraiment déroutantes, tels arrêts de moteur, cercles céréaliers, gazon trop vert ou trop sec, mutilations d’animaux, visions et conversations avec des extraterrestres ou enlèvements d’humains, aucune preuve irrécusable n’existe. Et sûrement pas des preuves qui seraient clairement d’origine extraterrestre ! L’hypothèse d’une méprise, d’un canular ou d’un dérèglement psychologique chez les témoins semble beaucoup plus probable. Malheureusement, pour cette dernière hypothèse, les dossiers médicaux des témoins sont souvent inaccessibles aux enquêteurs à cause de leur nature confidentielle. D’ailleurs, même des gens parfaitement sensés peuvent être sujets à des hallucinations, à de fausses perceptions ou à un grand désir de croire.

Bref, en soixante ans de recherches ufologiques, aucun objet n’a pu être formellement identifié comme étant de provenance extraterrestre. Aucune évidence physique de l’atterrissage d’un appareil extraterrestre ou de l’appareil lui-même, ni de débris d’un écrasement d’appareil. Pas d’objets laissés ou perdus. Pas d’implants d’origine extraterrestre chez des personnes enlevées. Rien de vraiment tangible ! Rien !

Études stériles closes

Deux études américaines ont conclu, après des dizaines d’années de recherche, qu’il ne valait plus la peine de poursuivre les investigations. À la fin des années 60, le projet Blue Book de l’armée de l’air américaine estime qu’après 22 ans d’enquête, aucun des objets non identifiés ne représente une menace pour la sécurité nationale. À la même période, le rapport Condon d’une équipe de recherche scientifique soutient que vingt années d’études du phénomène ovni n’ont apporté aucune nouvelle connaissance scientifique. Par ailleurs, aucune présence d’ovni n’a été rapportée par les différentes missions spatiales. De plus, peu d’ovnis ont été observés par des astronomes, qui pourtant scrutent constamment le ciel.

Les études entreprises par les groupes ufologistes manquent souvent de rigueur. Les biais méthodologiques et statistiques sont communs. De nombreuses pistes naturelles sont oubliées ou non évaluées. Un seul témoignage non corroboré ne peut constituer une preuve. Les antécédents psychiatriques du témoin spécial ne sont presque jamais évalués. Photos ou films, même parfaitement clairs, ne peuvent constituer des preuves fiables, puisqu’on ne pourra jamais établir avec certitude qu’ils n’ont pas été truqués. Très souvent, on ne pourra pas éclaircir certains cas troublants, car on n’a pas accès à toutes les preuves et que les événements ne sont pas reproductibles.

Défaillances logiques

Les ufologues concluent souvent trop vite. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas encore trouvé d’explication scientifique valable à un certain cas, qu’il faille conclure à une origine extraterrestre du phénomène. Le fait que certains arguments des sceptiques sont invalidés n’appuie pas la thèse extraterrestre. L’argument d’ignorance n’appuie aucune thèse en particulier – et sûrement pas la thèse extraordinaire d’une visite d’extraterrestres, qui doit être elle-même soutenue par des preuves directes extraordinaires.

Les thèses ufologiques souffrent aussi d’une autre incohérence interne. Depuis au moins soixante ans, des extraterrestres se montrent de loin, mais ils n’auraient jamais jugé pertinent de se présenter honnêtement devant la communauté mondiale. Sur des dizaines de milliers d’apparitions connues, aucun contact direct. Clairement, s’ils nous visitent, ils ne veulent pas nous parler. Est-ce vraiment raisonnable ?

Rappelons qu’une civilisation technologique, capable de voyages interstellaires, a dû passer au moins des dizaines d’années en transit. Établir un contact avec une autre civilisation, nécessairement primitive en comparaison, ne devrait pas comporter de dangers et semblerait même être le but du voyage. Si loin de chez soi, il serait normal de vouloir se faire de nouveaux amis. Un retour à la planète originale prendrait d’ailleurs autant de temps que l’aller exploratoire. Alors, pourquoi ne pas rapporter le souvenir de vraies rencontres et pouvoir raconter qu’on a aidé des créatures étranges certes, mais pourvus d’une certaine intelligence, à surmonter leurs conflits meurtriers et à éviter la destruction environnementale de leur planète ?

Conclusion

Les médias parlent peu des ovnis parce qu’il n’y a rien de sensationnel, ni même de nouveau, à montrer. Depuis soixante ans, les témoignages semblables se multiplient sans qu’aucun d’entre eux n’aboutisse à un objet tangible, à un contact avéré. Presque tous les cas sont explicables ou manquent d’informations pour pouvoir les expliquer. Les rapports de signalements, récemment mis en ligne par la France, ne font qu’ajouter aux multiples cas semblables déjà présentés. La hausse des signalements d’ovni au Canada n’a pas augmenté la probabilité de réelles visites extraterrestres. Les médias ont cessé de pourchasser l’insaisissable ovni. Les spectaculaires missions spatiales et la découverte de mystérieuses exoplanètes ont remplacé la vaine quête d’explications de ces phénomènes aérospatiaux non encore identifiés.

Références

1. GEIPAN : http://www.cnes-geipan.fr/accueil.html

2. The 2006 Canadian UFO Survey : http://www.canadianuforeport.com/survey/essays

3. Sainte-Marie-de-Monnoir : Québec sceptique, numéro 29, pp. 12-18

2007 - qs063p05