Complot

Fausses nouvelles et idées fausses

Les erreurs de fait se propagent rapidement dans les médias. Leur dissémination nous inonde de fausses nouvelles. Il faut naturellement tout faire pour vérifier les faits avant de les publier. Toutefois, même si les faits sont avérés, leur interprétation peut conduire à des idées fausses qu’il faut pouvoir reconnaître.

Les « fausses nouvelles », parfois appelées « nouvelles truquées » (fake news) ou encore « faits (dits) alternatifs » ne sont pas un phénomène récent. Il y a toujours eu des gens sans scrupules qui en ont répandu pour mieux manipuler. Cependant, la rapidité des échanges sur Internet réaffirme la priorité de rectifier les faits ou, à tout le moins, d’éviter de propager de fausses informations.

Par ailleurs, les sceptiques ont toujours été concernés par les « idées fausses », qu’elles fassent ou non la une des médias. Généralement, pour les sceptiques, une idée fausse est une proposition avancée sans preuve ou dont la fausseté peut être démontrée par des preuves contraires. Une idée fausse ne se vérifie pas dans la réalité. Elle n’a pas l’effet escompté.

Elle peut être une fausse interprétation basée sur de vrais faits ou une interprétation fondée sur de faux faits, donc vraisemblablement erronée. Les principes sur lesquels repose l’astrologie, par exemple, ont été démontrés faux, tant du point de vue de la physique que de la statistique, même s’il est vrai que telle personne est née sous tel signe astrologique.

Repérer les fausses nouvelles

Pour les médias, les fausses nouvelles se repèrent en identifiant d’abord clairement la source et l’auteur. Quel est le but du site où paraît l’article ? L’auteur est-il fiable et qu’a-t-il publié d’autre ? Il faut aussi se renseigner au sujet des études sur lesquelles s’appuie l’auteur et pour lesquelles il devrait fournir des liens consultables. Ces sources sont-elles dignes de confiance ? L’auteur a-t-il bien interprété ou résumé la nouvelle?

S’il plane encore des doutes, il faut tenter de « recouper des sources », soit mesurer le degré de corroboration avec d’autres médias qui auraient récemment publié des articles sur un sujet semblable. Si la nouvelle paraît trop extravagante pour être véridique, il faut consulter des experts reconnus du domaine concerné ou encore les nombreux sites de « vérification des faits » qui ont émergé depuis quelques années pour contrer les fausses nouvelles (1).

Reconnaître les idées fausses

Même si les faits ont été confirmés, les idées qui en découlent ne sont pas nécessairement vraies. Reconnaître que certaines thèses pourraient être fausses requiert un minimum de connaissances et d’esprit critique, que la plupart des gens possèdent, mais sûrement pas dans tous les domaines. De plus, il faut faire l’effort de suspendre son jugement plutôt que de rapidement accepter ou rejeter l’hypothèse présentée.

Comme pour les fausses nouvelles, c’est le côté surprenant ou extraordinaire d’un énoncé qui alerte notre sens critique. L’idée avancée semble alors contredire notre sens commun formé d’informations recueillies durant des années sur la nature et la société, idées que nous considérons comme relativement fiables. Cependant, nous savons aussi que la science progresse et que la société évolue, et avec elle les idées.

Avant de conclure sur la véracité de la thèse présentée, il nous faut donc en vérifier la cohérence. Il se pourrait qu’elle vienne tellement en contradiction avec des faits si solidement établis que nous pouvons l’écarter d’emblée (ex. : la terre plate). Elle pourrait aussi manquer de cohérence interne à tel point qu’il faille la rejeter sans plus d’examen (ex. : un seul médicament qui guérirait TOUS les cancers).

Les autres types d’idées suspectes méritent un examen sérieux avant de les accepter ou de les rejeter.

Vérifier la validité des idées

Au cours des dernières décennies, de nombreux sceptiques ont proposé des méthodes d’analyse critique d’affirmations scientifiques douteuses. On se souviendra du Baloney Detection Kit (Trousse de détection de balivernes) de l’astronome et vulgarisateur scientifique Carl Sagan (2).

Comme pour l’évaluation des fausses informations, l’analyse critique d’une idée séduisante suggère d’abord d’évaluer la fiabilité de la source. Provient-elle d’une revue ou d’un site à caractère scientifique reconnu, tel que Québec Science ou l’Agence Science-Presse ? S’agit-il d’un communiqué de presse d’une grande université ? Si la source vend le produit dont elle vante les bienfaits, si elle semble idéologiquement tendancieuse, elle n’est ni indépendante ni exempte de possibles conflits d’intérêts. Il faut donc s’en méfier.

Même si la crédibilité de la source semble acceptable, la démarche sceptique implique un certain nombre de vérifications. Quelles preuves concrètes justifient l’affirmation ? Si elle s’appuie sur des témoignages ou des anecdotes, on peut l’estimer comme étant non prouvée. Si elle repose sur la seule autorité d’un expert, on devra en douter. Seuls les résultats d’expériences menées selon une méthodologie rigoureuse peuvent apporter une démonstration convaincante.

En plus de rechercher des corroborations indépendantes, on devrait aussi tenter de trouver des expérimentations qui ont voulu réfuter la thèse avancée et évaluer à quel point elles y ont réussi. Le caractère réfutable d’une théorie l’amène dans le domaine scientifique. S’il n’existe pas de façon de démontrer la fausseté d’une affirmation, on peut la classer comme relevant de la pseudoscience ou comme résultat de spéculations oiseuses.

Convaincre par un argumentaire solide

Il est parfois assez facile de distinguer la valeur d’une affirmation par la façon dont elle est défendue. Les arguments présentés pour soutenir une thèse peuvent dévoiler l’intention de son auteur de vouloir tromper. S’il fait appel à la tradition ancestrale, à la bienveillance de la nature ou à la grande majorité des gens, il manque sans doute de preuves valables et tente d’emporter notre adhésion par défaut ou par divers sophismes (3).

De même s’il se complaît en attaques personnelles, déforme les arguments de ses opposants et renverse le fardeau de la preuve en les défiant tous de prouver qu’il a tort. Si, de plus, ses propos sont remplis de mots flous et d’expressions vagues donnant l’impression d’un grand savoir théorique, il tente sans doute d’impressionner son auditoire pour mieux le confondre.

La vérification des faits permet de fonder leur interprétation sur une base empirique. Elle est essentielle, mais elle ne garantit pas la justesse de l’interprétation proposée. Cette dernière doit s’appuyer sur des preuves tangibles, indépendamment reproduites au moyen d’une méthodologie éprouvée et elle doit reposer sur un argumentaire solide.

Notes

1. Quelques sites de vérification des faits pour les médias :

2. SAGAN Carl, The Demon-Haunted World: Science as a Candle in the Dark, Ballantine Books, New York, 1997. Chapitre 12, The Fine Art of Baloney Detection. Traduction : http://lanredec.free.fr/polis/baloney_tr.html

3. BERNARD Olivier, Le pharmachien : la bible des arguments qui n’ont pas d’allure, Les éditions les Malins inc., Montréal, 2017. Conférence : Les arguments santé qui n’ont pas d’allure, Québec sceptique no 96, pages 57-66, été 2018. Aussi fin du chapitre 4 (sophismes) et chapitre 5 (effets trompeurs).

2018 - qs097p05