Ufologie
Les déplacements d’ovnis rapportés violent plusieurs lois physiques – que ces « objets » soient curieusement stationnaires, en foudroyante accélération ou effectuant un fantastique voyage interstellaire. Revue des justifications avancées par un public s’intéressant à l’ufologie pour tenter d’interpréter les observations d’ovnis comme des vaisseaux extraterrestres.
Les vives réactions de certains congressistes à des considérations sceptiques sur les ovnis nous éclairent sur les explications proposées pour soutenir la possibilité de visites d’extraterrestres. Elles ont été apportées à la suite d’une brève allocution que j’ai prononcée au 5e Congrès ufologique international de Montréal le 27 octobre 2018 en tant que « sceptique » de l’interprétation extraterrestre donnée au phénomène.
Considérations pratiques
Cette allocution résume certaines considérations pratiques que des scientifiques ont soulevées au sujet des interprétations extraterrestres des « objets volants non identifiés » (ovnis) :
1. Aucune preuve tangible n’est venue étayer la visite de vaisseaux extraterrestres, encore moins de présumés contacts avec les êtres voyageant à bord de ces engins ni d’ailleurs d’enlèvement d’humains par des extraterrestres. Pour la science, cette interprétation n’est pas justifiée. Elle ne peut prétendre être une connaissance. Elle est reléguée au domaine des croyances.
2. Les déplacements rapportés d’ovnis ne sont pas cohérents avec les lois physiques connues qui s’appliquent partout dans l’Univers.
a. Les accélérations rapportées (des dizaines de g) sont intenables pour tout individu fait d’organes flasques comme nous – ce qui semble incompatible avec les témoignages de contacts et d’enlèvements. (Ressentir 1 g = ressentir son poids sur Terre. Supporter 10 g = supporter 10 fois son propre poids.)
b. La vitesse de ces engins dans l’atmosphère devrait produire une importante compression d’air, un boum supersonique – que l’on n’entend pas.
c. Les voyages interstellaires exigent une quantité de carburant si grande que les vaisseaux extraterrestres devraient être aussi gros qu’une montagne – ce qu’on n’observe pas.
3. Depuis au moins 70 ans, la volonté des extraterrestres de ne se laisser que confusément observer par l’entremise de milliers de visites furtives nous rend perplexes de leurs motivations. Leur technologie serait tellement en avance sur la nôtre que si nous pouvons les voir, c’est qu’ils veulent qu’on les voie. Alors, pourquoi de si fréquentes visites, puisqu’ils pourraient nous observer avec des microcaméras indétectables pour nous, par exemple, si c’était vraiment leur objectif ?
Revoyons les objections des ufologues (c’est ainsi que je désignerai les intervenants s’intéressant à l’ufologie) durant la période de questions qui a suivi mon allocution au sujet de ces considérations pratiques.
La position scientifique face aux ovnis
Les ufologues n’ont pas prétendu détenir des éléments probants de visites extraterrestres. Ils savent bien qu’ils ne fondent leur interprétation que sur des témoignages. S’il existait des preuves concrètes, la communauté scientifique serait elle aussi convaincue de la visite d’extraterrestres – ce qui n’est pas le cas.
Par ailleurs, certains ufologues avancent assez souvent l’argument d’autorité pour justifier leur perspective : de grands scientifiques appuieraient leur interprétation. À ce compte, notons que le consensus scientifique favorise largement le point de vue sceptique sur le phénomène ovni.
La grande majorité des astronomes ont rejeté l’explication extraterrestre des objets volants non identifiés. Pour la plupart de ces apparitions, on trouve habituellement une cause naturelle ou humaine. Les autres demeurent non identifiées par manque de données vérifiables.
Parmi les astrophysiciens connus qui estiment invraisemblable l’hypothèse de visites extraterrestres, mentionnons Stephen Hawking (Grande-Bretagne), Hubert Reeves (France/Québec), Robert Lamontagne (Montréal). Ce dernier est d’ailleurs venu en discuter chez les Sceptiques du Québec (1) en mars 2014. Des vulgarisateurs scientifiques de renom sont aussi de cet avis : notamment les astrophysiciens américains Carl Sagan et Neil de Grasse Tyson.
Rappelons que les associations sceptiques les plus connues considèrent aussi que les données sur les visites d’extraterrestres sont loin d’être probantes. Il y a bien sûr les groupes américains qui comptent des centaines de conseilleurs scientifiques et des milliers d’adhérents, comme le Committee for Skeptical Inquiry (New York) et la Skeptics Society (Californie) ou les dynamiques Australian Skeptics. Du côté de la francophonie, il y a en France l’Observatoire zététique, l’Association française pour l’information scientifique (AFIS) et en Belgique le Comité Para.
Les Sceptiques du Québec sont arrivés aux mêmes conclusions que ces organismes, dont les investigations et les analyses sur ce sujet s’ajoutent aux leurs. Ces considérations pratiques concernent l’ufologie « classique » ou « matérialiste » qui émet l’hypothèse de vaisseaux extraterrestres visitant la Terre. Elle ne s’applique pas à l’ufologie « de la conscience », qui semble considérer les apparitions d’ovnis et d’humanoïdes comme des phénomènes paranormaux ou psychiques coupés des lois physiques.
Des actions scientifiques concrètes
À la voix de multiples porte-parole crédibles de la communauté scientifique rejetant l’hypothèse de visites d’entités extraterrestres s’ajoutent les actions mêmes de nombreux astronomes. Ils scrutent constamment le ciel sous toutes les longueurs d’onde et sous toutes les latitudes. Sauf en de très rares exceptions, ils n’interprètent pas l’observation d’ovnis comme de telles visites. Plusieurs ont observé des phénomènes atmosphériques qu’ils n’ont pu identifier. Ce genre de situation est parfaitement normal dans la recherche scientifique et il suggère, si possible, des investigations plus poussées.
Cela ne signifie pas qu’ils estiment en général que la vie sur Terre est unique. Au contraire, la plupart pensent qu’il est probable que parmi des trillions de planètes dans l’Univers, au moins quelques-unes renferment une vie intelligente ayant développé une technologie avancée. Jusqu’à présent, aucune preuve n’est venue confirmer cette hypothèse.
Mais la recherche de vie primitive ou intelligente se poursuit. La quête d’exoplanètes, largement subventionnée par les gouvernements de différents pays, a conduit à la découverte de milliers de planètes extrasolaires, dont bon nombre sont dites telluriques, soit ayant des caractéristiques similaires à celles de la Terre. Des télescopes spatiaux ont été lancés (et d’autres sont prévus) pour scruter de grandes parties du ciel à la recherche de planètes entourant les étoiles distantes de plusieurs centaines d’années-lumière. Ces outils s’ajoutent aux super télescopes terrestres qui ont les mêmes objectifs.
La recherche de vie extraterrestre ne se confine pas à l’observation de planètes autour d’étoiles somme toute assez rapprochées, mais aussi à l’écoute de signaux pouvant provenir d’étoiles plus ou moins éloignées. S’il y a vie intelligente ailleurs dans l’Univers, il est possible qu’elle veuille communiquer avec d’autres vies intelligentes, incluant la planète où nous sommes qui n’a la technologie pour écouter ces messages que depuis quelques dizaines d’années à l’aide de puissants radiotélescopes. Le programme américain (2) S.E.T.I. en est l’exemple le plus connu, mais il y en a bien d’autres.
Les recherches concrètes de vie extraterrestre indiquent clairement que des milliers de scientifiques estiment qu’elle est possible ou même probable. Pourquoi la rechercheraient-ils dans l’espace s’ils pensaient que la Terre est visitée par des extraterrestres chaque jour ? Si c’était le cas, ne devraient-ils pas concentrer leurs investigations sur les rapports d’ovnis et l’atmosphère terrestre ? Ce qu’ils ne font pas.
Les objections des ufologues
Examinons quelques objections formulées par plusieurs ufologues québécois à l’allocution que le sceptique a prononcée à leur récent congrès (en octobre 2018). Cette période de questions a duré une trentaine de minutes. Les intervenants ne se sont pas nommés.
La magnétohydrodynamique
En ce qui a trait au mode de propulsion mystérieux de présumés vaisseaux extraterrestres, certains ufologues ont plusieurs fois mentionné la propulsion par magnétohydrodynamique (MHD). C’est un mode de propulsion aussi connu depuis quelques décennies sous le nom de propulsion ionique. Dans l’air, par exemple, le moteur ionique peut accélérer des particules d’azote ionisées d’une borne électrique à l’autre en créant un puissant champ magnétique entre elles. Leur déplacement d’une borne à l’autre pousse les autres molécules d’air vers la sortie, créant un vent vers l’arrière et propulsant ainsi l’appareil vers l’avant. En 2018, une équipe du Massachusetts Institute of Technology a de cette façon réussi à faire voler un avion de 5 mètres d’envergure pesant 2,45 kg sur une longueur de 55 mètres (3).
Pour se mouvoir dans l’atmosphère, ce moteur n’expulse pas le carburant dont il tire son énergie et il n’a pas de parties mobiles. Il lui faut toutefois une source de courant électrique importante pour générer le champ magnétique requis pour ioniser et accélérer les particules du gaz propulseur. Et cela demande beaucoup d’énergie, provenant d’un carburant quelconque ou d’une super pile.
Ce principe de propulsion est semblable à celui des avions à réaction : l’air entre à la vitesse de l’appareil dans un couloir cylindrique où une turbine l’accélère pour le rejeter à beaucoup plus grande vitesse vers l’arrière propulsant ainsi l’avion vers l’avant, selon la 3e loi de Newton dite « de réaction ». Les fusées qui transportent les astronautes à la station spatiale utilisent ce même principe. Une substance explosive éjecte une masse importante de gaz à grande vitesse propulsant la fusée dans le ciel.
La poussée des moteurs à ions conçus jusqu’à présent est très faible. Ils ont peu d’applications pratiques sur Terre ou dans l’atmosphère. Par ailleurs, ils sont utilisés depuis plusieurs décennies dans l’espace pour rediriger des satellites ou des sondes. Ils servent notamment à effectuer des corrections de trajectoire pour remettre un satellite dans l’orbite souhaitée. Les sondes spatiales peuvent aussi être dotées d’un moteur ionique pour les accélérer faiblement, mais constamment et sur une longue durée. Dans le vide de l’espace, en plus d’une source électrique appréciable (panneaux solaires), ces moteurs ont besoin d’un gaz à projeter dans la direction opposée à leur mouvement – on utilise très souvent de l’inerte xénon (4).
Le mode silencieux de propulsion des ovnis s’apparente-t-il à la technologie MHD ? C’est possible, mais à un stade beaucoup plus avancé que nous puisque les poussées que nous pouvons actuellement générées sont minuscules. Se maintenir dans les airs en résistant à la gravité terrestre et propulser les immenses vaisseaux rapportés exigerait énormément d’énergie. Il faudrait aussi que ces engins projettent à grande vitesse une masse de gaz importante vers le sol et en direction opposée à leur mouvement. De tels vents ne sont normalement pas mentionnés lors de l’observation d’ovnis à faible distance.
Mortelles accélérations
Les observations de très rapides fuites d’ovnis laissent supposer que les passagers de ces engins subissent d’énormes accélérations de plusieurs dizaines ou même de centaines de g. La vie humaine (et peut-être extraterrestre) n’y survivrait pas. Rappelons que les astronautes subissent un maximum de 3 g pour se soustraire à l’attraction terrestre et que la plupart des gens perdent connaissance à 5 g. Ces remarques sceptiques sur le déplacement supposé de vaisseaux extraterrestres ont soulevé deux types d’objections.
Il y a eu l’allégation qu’un vaisseau extraterrestre rempli d’eau protégerait ses occupants de telles accélérations. Ainsi, un poisson rouge dans un bocal fermé ne serait pas gêné si on secouait rapidement le bocal : l’eau le protégerait. Je ne pense pas que les bras humains puissent donner très brièvement au bocal plus de quelques g d’accélération… D’autant plus qu’une accélération constante à quelques dizaines de g collerait en quelques secondes le poisson sur la paroi du bocal, et il subirait alors autant de force accélératrice que s’il était dans l’air et ce serait la même accélération que celle affectant le bocal. Le cerveau humain ne flotte-t-il pas déjà dans un bocal – leur crâne ? Des kidnappés ont-ils rapporté avoir été plongés dans un liquide quelconque ?
On a aussi évoqué la possibilité qu’une déformation locale de l’espace-temps puisse permettre de très grandes accélérations au vivant. Chaque molécule (du vaisseau comme de ses occupants) serait alors attirée de la même façon comme si elle tombait. Une telle spéculation met au défi plusieurs principes physiques. Elle est évoquée en tant que possibilité ad hoc que l’on estime ne pas devoir prouver.
Le mystère des accélérations foudroyantes des ovnis et de leurs effets sur leurs occupants (extraterrestres ou humains enlevés) demeure entier.
Ondes de choc
La très grande vitesse des ovnis observés devrait produire un boum supersonique, comme le font nos avions. Il devrait être bien audible et bien visible à courte distance. Les observations de rapides fuites d’ovnis ne rapportent habituellement pas un tel phénomène.
Les raisons avancées pour expliquer l’absence de bruit ne m’ont pas paru crédibles. L’une d’elles se réfère à la création d’un vide devant l’ovni. S’il n’y a pas d’air autour de l’engin, il n’y aura pas de boum. C’est bien vrai, mais la difficulté réside à créer un tel vide continu à cette vitesse…
Autre objection : il y aurait aussi aujourd’hui des jets militaires qui réduiraient l’onde de choc de façon majeure. Ce ne serait qu’une question de temps pour le faire disparaître complètement, et la technologie extraterrestre y serait arrivée depuis longtemps. C’est effectivement possible dans un futur plus ou moins rapproché.
À cet égard, il y a une autre difficulté qu’on passe souvent sous silence. Les astronefs extraterrestres sont décrits assez souvent comme étant de très grande taille créant nécessairement un grand déplacement d’air. Aussi, assez souvent, leur forme n’est pas décrite comme vraiment aérodynamique – sûrement bien moins effilée que nos avions supersoniques. Un défi de plus pour les déplacements silencieux d’ovnis dans l’air que les extraterrestres sembleraient avoir relevé avec succès.
Voyages interstellaires
Les objections précédentes s’appliquent à des vols d’ovnis dans notre atmosphère. Si les engins extraterrestres proviennent d’étoiles éloignées, il est probable qu’ils ont dû parcourir des dizaines voire des centaines d’années-lumière pour se rendre jusqu’à nous. Selon les connaissances scientifiques actuelles, d’importantes limites de temps et d’énergie rendent presque impossibles de tels voyages (5). Voir graphique ci-contre.
La question du temps du trajet interstellaire demeure donc un obstacle de taille. À 10 ou 20 % de la vitesse de la lumière, le voyage aller-retour prendrait des centaines, voire des milliers, d’années. Il est vrai qu’à près de la vitesse de la lumière, des effets relativistes réduiraient le temps du trajet à quelques dizaines d’années. N’oublions pas, toutefois, qu’au retour il se serait passé des centaines d’années sur la planète d’origine. Et qui voudrait revenir sur sa planète des siècles plus tard ?
À ces difficultés particulières de temps, s’ajoutent celles de l’énorme quantité de carburant nécessaire pour produire les accélérations et les décélérations requises pendant toutes ces années. Même si ce carburant était composé d’antimatière et de matière, il en faudrait des millions de tonnes (5) !
La maîtrise de l’antigravité a été mentionnée pour contourner ces problèmes, de même qu’un changement dimensionnel ou un trou de ver. Ces méthodes font appel à des possibilités hautement spéculatives. Notons d’ailleurs que l’antigravité ne pourrait pas aider à résoudre les problèmes liés au transport intersidéral. La très faible gravité interstellaire ne constitue pas un obstacle à surmonter. Il faut plutôt atteindre des vitesses près de celle de la lumière. À une accélération constante de 1 g (équivalente au poids de chacun), cela prend un an pour s’en approcher (5).
L’énergie et le temps requis pour les voyages interstellaires rendent hautement improbables les dizaines de milliers de visites extraterrestres rapportées au cours des 70 dernières années.
Scientifiques reliés à l’ufologie
Durant la période de questions, les travaux de plusieurs scientifiques ont été cités en réponse aux commentaires sceptiques sur la visite de vaisseaux extraterrestres. Le nom de Jean-Pierre Petit a été mentionné quatre fois, de même que celui de Thomas Townsend Brown. On a aussi fait appel à Paul Laviolette et à Marcel Pagès pour soutenir certaines affirmations. Brown, Laviolette et Pagès semblent avoir mépris pour de l’antigravité des forces électromagnétiques et le faible vent ionique qu’elles peuvent générer. Ils n’ont jamais pu démontrer qu’il s’agissait d’antigravité. Leurs théories et leurs expériences n’ont rien donné.
Ces noms sont peu connus de la communauté scientifique, sauf sans doute celui du Français Jean-Pierre Petit, une figure assez médiatisée en France et très populaire chez les ufologues, ici comme dans son pays d’origine. Ce scientifique est un ingénieur aéronautique de formation et un spécialiste de plusieurs disciplines, notamment la mécanique des fluides, la physique des plasmas, la magnétohydrodynamique et la cosmologie. Il a publié un certain nombre d’articles sur ces sujets dans des revues scientifiques. Il est également auteur ou coauteur d’une quinzaine de livres et de plusieurs bandes dessinées sur ces sujets et sur l’ufologie.
Il maintient un volumineux site Web et diffuse de très nombreuses vidéos qui l’ont fait connaître au grand public. Pendant plusieurs années, il a aussi fait partie du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) en tant qu’un des nombreux directeurs de recherche du sud de la France – le CNRS est un organisme gouvernemental français qui compte plus de 30.000 employés, répartis partout dans ce pays.
Voici plus de détails sur les théories de ce dernier scientifique.
Théories spéculatives révolutionnaires
Jean-Pierre Petit pense que nous sommes visités par des extraterrestres et même qu’ils sont « déjà parmi nous ». Un de ses ouvrages porte effectivement le titre suivant : Enquête sur des extra-terrestres qui sont déjà parmi nous : le mystère des Ummites (1991). Il soutient aussi qu’il a reçu des lettres postées par des visiteurs de la planète Ummo, missives qui l’auraient d’ailleurs mis sur la piste de certaines de ses théories astrophysiques. Notons que l’origine extraterrestre de ces lettres a été totalement discréditée par les aveux en 1993 de celui qui a mis sur pied cette mystification en 1966, le technicien espagnol en télécommunications Jordan Pena (6).
En 1976, Jean-Pierre Petit prend connaissance de certaines lettres ummites qui lui indiquent que notre Univers est couplé à un Univers jumeau adjacent. À partir d’indices contenus dans ces lettres, il développera un modèle cosmologique (Janus) qui lui semble expliquer la matière noire et l’énergie noire, dont la nature même échappe aujourd’hui aux astrophysiciens. La répulsion entre la matière positive de notre Univers et la matière négative de l’Univers jumeau expliquerait l’intégrité des galaxies en rotation et l’accélération de l’expansion de notre Univers. Il rejette aussi la théorie courante expliquant les trous noirs. Il soutient qu’ils seraient en fait des tunnels hyperspatiaux vers un Univers jumeau.
Théories explicatives ad hoc
Voici les explications que Jean-Pierre Petit (JPP) propose aux mouvements des ovnis et qui défient la physique contemporaine. Elles sont tirées de son dernier ouvrage Contacts cosmiques (7) (voir encadré) :
Soucoupe stationnaire.
Explication : la soucoupe volante procède à un inversement cyclique rapide de sa masse positive (notre Univers) à sa masse négative (Univers jumeau), simulant ainsi l’antigravité (p. 229). Commentaire : JPP a bien raison de penser qu’un gros objet ne peut être stationnaire au-dessus du sol sans exercer vers le bas une force qui le maintiendrait dans les airs. Selon des principes physiques connus, il ne peut s’agir que d’une masse gazeuse projetée vers le sol par l’engin volant. Si l’engin est relativement près du sol, on devrait en sentir le vent. Cela n’est habituellement pas rapporté. L’explication donnée par JPP se fonde sur des principes inconnus de la science et hautement spéculatifs.
Formidables accélérations.
Explication : les êtres vivants sont plongés dans une gelée thixotropique pour résister aux accélérations appliquées par impulsions (p. 310). Commentaire : les énormes accélérations observées d’ovnis en fuite rapide ne peuvent être supportées par les humains. JPP en est conscient et il propose qu’ils soient plongés (enveloppés d’un scaphandre ?) dans une gelée amortissante. Il ajoute que les accélérations seraient appliquées par impulsions. Cette méthode amortirait sans doute légèrement au début la pression accélératrice, mais le vaisseau, comme tout ce qu’il contient, doit couvrir la distance observée dans le laps de temps observé, il n’y a donc pas moyen de diminuer l’effet net et réel de la pression accélératrice résultante sur les passagers. Le vaisseau, ainsi que tout objet ou personne qui s’y trouve, subit finalement la même accélération.
Virages à 90 degrés.
Explication : il y a dématérialisation dans un univers « négatif », modification de la direction du champ magnétique et rematérialisation dans l’univers « positif » (le nôtre) à la même vitesse (p. 275). Commentaire : les virages d’ovnis à 90 degrés sont physiquement impossibles. S’ils sont faits à « presque » 90 degrés sans changer la vitesse de l’engin, les formidables forces d’accélération centrifuges devront être expliquées. La méthode suggérée de dématérialisation fait appel à des principes physiques inconnus, inventés, semble-t-il, pour se sortir d’une impossibilité.
Boum supersonique.
Explication : il serait supprimé en chauffant l’air autour de la soucoupe volante (à vitesse supersonique) avec des ondes de haute fréquence. L’air chauffé devient alors subsonique, donc pas de boum (p. 119). Commentaire : plusieurs méthodes sont aujourd’hui testées pour réduire ce boum. Celle suggérée par JPP semble toujours au stade de test en vue d’une application concrète. De plus, elle sera limitée à une vitesse probablement moindre que celle d’un ovni en fulgurante fuite. Par ailleurs, la forme rapportée (parfois vue de très près) souvent non aérodynamique des « soucoupes volantes » constitue un défi important pour un déplacement rapide sans bruit, sans échauffement frictionnel et sans déplacement d’air majeur (voir croquis du GARPAN (8) ).
Voyage interstellaire.
Explication : il semblerait qu’en inversant sa masse positive en masse négative la soucoupe, qui demeure alors dans cet Univers jumeau, voyage instantanément à une vitesse relativiste dix fois celle de la lumière dans un Univers où les distances sont cent fois plus courtes. Elle se déplace donc par un facteur de mille fois la vitesse de la lumière de notre Univers (positif). Ainsi, un voyage à la planète Ummo distante d’environ 14 années-lumière (étoiles naines rouges Wolf 424A et 424B), s’effectuerait en quelques mois (p. 295). Il y aurait des retours temporaires dans l’Univers positif pour se réorienter vers l’objectif visé… Commentaire : l’Univers jumeau postulé semble bien utile pour confirmer verbalement ce que l’on veut prouver en invoquant une thèse élaborée sur mesure. On peut aussi se demander pourquoi la vitesse de la lumière dans cet Univers jumeau serait dix fois plus grande que la vitesse de la lumière dans notre Univers et pourquoi les distances y seraient cent fois plus courtes…
La planète Ummo
Rappelons aussi que les lettres ummistes sur lesquelles JPP fonde une bonne partie de ses spéculations contiennent des informations manifestement fausses. Par exemple, la planète Ummo des extraterrestres tournerait autour d’une étoile identifiée comme étant Wolf 424. Les lettres originales indiquaient que cette étoile était distante de 3,68 années-lumière de notre Soleil (9) (une estimation erronée datant de quelques décennies). Quand on a révélé que la véritable distance de cette étoile est de 14,2 années-lumière, les lettres subséquentes ont trouvé toutes sortes de moyens pour justifier la grossière erreur, par exemple que leur mesure originale était calculée à travers l’hyperespace…
Les premières lettres ne mentionnaient pas non plus que Wolf 424 est un système solaire à deux étoiles – une information tout de même assez importante. De plus, les autres informations contenues dans ces lettres se contredisent au sujet de la distance de leur planète à leurs étoiles, ainsi que de leur période de révolution orbitale. Selon les informations fournies, cette planète ne se retrouverait d’ailleurs pas à l’intérieur de la zone habitable où l’eau est sous forme liquide. N’oublions pas non plus que ces extraterrestres disent posséder une forme et des caractéristiques physiologiques très semblables à celles des humains (ils se cacheraient parmi nous !) – une probabilité évolutive infinitésimale.
Le consensus scientifique
Les objections apportées à des considérations sceptiques concernant la cohérence physique du vol d’engins extraterrestres ne m’ont pas paru convaincantes. Une analyse des affirmations justificatives des ufologues et des scientifiques qu’ils ont cités pour les appuyer révèle certaines lacunes incontournables.
D’ailleurs, l’immense majorité des scientifiques qui étudient le cosmos rejettent l’interprétation extraterrestre donnée au phénomène des objets volants non identifiés. Ils estiment qu’elle s’appuie essentiellement sur des témoignages qui, en eux-mêmes, ne constituent pas des éléments probants.
Étant donné les trillions de planètes qui vraisemblablement peuplent notre Univers, la plupart des scientifiques jugent possible que la vie puisse exister sur une ou plusieurs d’entre elles. La recherche de vie sur des exoplanètes environnantes au moyen de télescopes sur Terre et dans l’espace le confirme, ainsi que l’écoute de signaux électromagnétiques provenant de l’espace pouvant révéler une intelligence extraterrestre. Ce type de recherche indique clairement que ces scientifiques ne pensent pas que des extraterrestres visitent ou ont visité la Terre.
Aux preuves concrètes manquantes s’ajoutent les incohérences physiques des déplacements d’ovnis si on les interprète comme de véritables engins matériels pilotés par des entités intelligentes. Des vaisseaux ne peuvent demeurer immobiles au-dessus du sol sans projeter vers le bas de grandes quantités de gaz qu’on devrait remarquer. Ils ne peuvent pas non plus voyager dans l’atmosphère sans émettre d’immenses quantités de gaz en direction opposée à leur mouvement – fut-ce par vent ionique (magnétohydrodynamique).
Dans le contexte de l’exploration spatiale, rappelons que les gouvernements qui lancent des satellites, des sondes et des capsules habitées se servent – depuis au moins cinquante ans – de fusées pour échapper à l’attraction terrestre. Si les merveilleuses technologies attribuées aux extraterrestres (antigravité, magnétohydrodynamique améliorée, etc.) leur étaient connues, ils les utiliseraient pour ces lancements. Ce n’est manifestement pas le cas.
Les êtres vivants présumés conduire ces engins ne peuvent non plus logiquement supporter les énormes accélérations observées de plusieurs dizaines de g. Leur immersion dans une gelée amortissante ne peut les soustraire aux écrasantes forces accélératrices. Les virages à 90 degrés effectués à grande vitesse sont impossibles ; les forces centrifuges générées disloqueraient tout vaisseau – d’autant plus les passagers (enlèvements) qui s’y trouveraient.
Éliminer le boum supersonique produit par des engins fendant l’air à très grande vitesse pourra se révéler possible en utilisant des méthodes prometteuses – naturellement sujettes aux limites de la vitesse de déplacement. Par ailleurs, les voyages interstellaires se butent à des limites physiques de temps et d’énergie qui apparaissent incontournables.
Les scientifiques cités par les ufologues pour soutenir l’hypothèse de visites extraterrestres n’ont pas été reconnus crédibles par la communauté scientifique concernant leurs théories explicatives du phénomène ovni. Les suppositions avancées sur l’antigravité ou sur un Univers jumeau négatif ont été rejetées parce que non soutenues par des preuves empiriques et non cohérentes avec des principes physiques bien établis.
Les preuves à venir ou les justifications de preuves actuelles, mais secrètes ne peuvent être retenues comme des considérations valables aux yeux de la majorité des scientifiques. Les organisations sceptiques ne peuvent non plus en tenir compte et doivent après analyse se rallier au consensus scientifique en matière d’interprétation du phénomène ovni, comme dans bien d’autres.
Remerciements : Je remercie les physiciens Daniel Fortier et Pierre Gravel pour leurs commentaires sur l’analyse des extraits du livre Contacts cosmiques de Jean-Pierre Petit.
Notes
1. « Croyez-vous aux ovnis ? », Robert Lamontagne, Québec sceptique no 84, été 2014, pages 64-72.
2. S.E.T.I. : Search for ExtraTerrestrial Intelligence. Site : https://seti.org/
3. MIT News : https://news.mit.edu/2018/first-ionic-wind-plane-no-moving-parts-1121
4. NASA Ion Propulsion : https://www.nasa.gov/centers/glenn/about/fs21grc.html
5. Voyages interstellaires – limites physiques incontournables, Louis Dubé, Québec sceptique no 84, été 2014, pages 5-10 : https://www.sceptiques.qc.ca/revues/pdf/qs84p5.pdf
6. Association française pour l’information scientifique : Des ummoristes chez les ufologues (2012) : https://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1862
7. Contacts cosmiques : Jusqu’où peut-on penser trop loin ?, Jean-Claude Bourret et Jean-Pierre Petit, Éditions Trédaniel (Kindle Edition), 2018.
8. GARPAN : Groupe d’assistance et de recherche sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés : https://garpan.ca/revelations-sur-lhumanoide-de-st-zenon-14-janvier-2014/
9. The Ummo Affair : https://ufologie.patrickgross.org/ummo/wolf424.htm